Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 14:41
Nous nous relevions tant bien que mal de cette déconvenue. Mais nous n'avons pas dit notre dernier mot en ce qui concerne notre désir acharné de respect de la nature.

A force d'entendre la publicité faisant l'éloge des bus, Capucine me décida finalement à essayer. Elle voulait voir comment c'était. Moi, je devinais à peu prés. Mais un enfant a besoin d'expérience, sinon elle ne saura jamais, et tout ce qu'elle racontera sera tiré d'hypothèses. Et dans ce monde, on n'est pas trés hypothétique. Menteur peut-être mais pas hypothètique. On veut des preuves, des explications par A plus B. Des démonstrations, etc. Donc j'allais l'emmener essayer le bus. Aprés tout, c'était peut-être pas plus mal.

Je présumais que le plus tôt serait le meilleur à prendre. Effectivement, il n'y avait pas grand monde et Capucine et moi, nous avons eu la chance d'avoir une bonne place. Je laissais  à Capucine la place hublot pour qu'elle puisse admirer le paysage, c'est-à-dire tout un tas de bâtiments, et des gens sur les trottoirs qui se pressaient pour regagner leurs boulots.

Aprés quelques mètres, le bus s'arrêta pour prendre une flopée de passagers, ceux qui ne trouvaient pas de place, se contentèrent de rester debout, s'accrochant à tout ce qui pouvait passer sous leurs doigts pour ne pas se retrouver assis par terre ou éjectés vers l'avant au démarrage du véhicule.

Dix minutes plus tard, l'habitacle était bondé. Les gens écrasés les uns sur les autres, on pouvait respirer leurs odeurs à plein nez, et ce n'était pas du luxe. Il est un peu désagréable de devoir être soumis à certaines émanations comme si certains ne savaient pas ce que c'était que le savon ou la dentifrice. Ou alors çà empestait des eaux de toilette qui aurait chassé DT de mon décor si jamais il me prenait l'envie d'en porter. Maintenant je comprends mieux pourquoi les animaux se sentent avant de s'apprécier. Les odeurs corporelles ont des codes. On peut sentir extrêmement fort et d'être aimé à condition que les molécules dégagées sont dans les gènes de celui à qui on les impose.

Je pensais que la leçon était terminée et que je devais descendre. Mais voilà, je ne savais pas du tout comment descendre puisque le bus ne s'arrêtait plus. Personne ne lui donnait l'ordre d'interrompre sa course folle vers le bonheur. 

J'avais devant moi une grand mère à forte corpulence qui me coinçait le bras, comme pour me punir de ne pas lui avoir laissé la place. Je ne comprends pas moi, pourquoi quand on est assis, parce qu'on a payé, on doit se lever pour laisser à d'autres qui arrivent aprés son fauteuil. Elle avait l'habitude certainement de ce genre d'exercices, tandis que moi, si je me levais, j'aurais eu assurément le tournis. A ses côtés, son petit fils me lorgnait outrageusement, en m'envoyant des petits bisous, et me mimant des cochonneries. Pour couronner le tout, lors d'un brusque coup de frein, l'énorme bonne femme ne trouva pas d'autre meilleure solution que de se laisser choir lourdement sur mes genoux et d'y rester.

Pendant qu'à côté, Capucine regardait le spectacle médusée au début. Puis comme si elle avait soudain compris ce qui m'arrivait, elle mit sa main sur sa bouche et tout le long du trajet infernal, elle se plia en deux pour étouffer son rire. Elle riait tellement qu'elle s'étrangla et que je dus lui battre dans le dos pour qu'elle retrouve son souffle. 

"Ne t'en fais pas ma chérie, on arrive ! "

Au lieu de calmer son fou rire, je l'alimentais un peu plus. Je voyais la pauvre enfant pleurer et se tenir le ventre tellement la vue de sa maman avec une vieille sur ses genoux lui était incongrue. Elle perdit de nouveau la respiration. Non seulement j'étais gênée mais j'avais peur que le manque d'oxygène lui fit perdre connaissance. Plus je lui parlais, lui caressais les cheveux pour la calmer, plus le rire s'intensifiait et qu'elle était forcée de râler pour reprendre son souffle.

Je priais pour que le car s'arrête enfin mais à chaque station, la vieille ne débougeait plus de mes genoux comme si elle avait oublié que c'était moi, non le fauteuil qui la servait d'assise. Je n'osais lui dire de bouger de là, je subissais un enfer et quand je levais les yeux, je rencontrais ceux de son gamin vicieux.

Ces derniers jours ont été vraiment pénibles. Je ne disais plus un mot, et la petite Capucine trouvait mon silence encore plus intolérablement comique. Par moment le rire fusait de sa gorge et tout le monde la regardait curieusement, avec l'air de se demander ce qui se passait avec cette enfant. Elle avait bu ou quoi ? Apparemment ils avaient l'habitude de prender en genoux stop certains passagers encombrants.

Je n'étais pas dans mon milieu, c'était un enfer de prendre le bus. Ceux qui en faisaient la publicité devaient en ce moment tenir leur volant luxueux entre leurs mains pendant que moi, j'étais là comme une idiote. 

Au dernier arrêt, elle dégagea de mon corps sans même me remercier. Je me levais à sa suite, entraînant Capucine, et on se retrouva libres sur le trottoir animé. J'appelais Frédérico pour qu'il vienne nous rattraper. Je ne voulais pas que DT voit mon accablement, subir tant d'échecs en l'espace de quelques jours, c'était vraiment trop pour moi, et je craignais qu'il en ait marre de moi.




 
Par suzanna naghalia - Publié dans : littérature humour
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