Je n'avais jamais ressenti une impression pareille. Je sais que j'aurais dû le laisser crever comme un chien, aprés tout ce qu'il m'avait fait endurer.
C'était un étranger total, mis à part qu'il se prenait pour quelqu'un que j'adorais.
Et cependant j'estimais que ce n'était pas un motif suffisant pour le sacrifier.
Je ne pensais pas que je lui laissais une seconde chance, non, je ne détenais pas le pouvoir de vie et de mort sur les êtres. Cependant comme je n'étais pas là non plus pour lui ôter la vie, je
l'ai aidé à la conserver. Peut-être ne me remerciera-t-il pas. Je n'en sais rien. Je n'ai pas l'habitude de voir des êtres remplis d'amour tout autour de moi. L'amour, çà n'existe que dans les
chansons, dans les rêves. Mais sur terre, personne ne viendra me faire croire que çà soit une réalité.
Oui, bien sûr, on va me dire que ce n'est pas parce qu'on ne t'aime pas qu'on n'aime pas.
Et bien voilà, le problème, on ne peut pas aimer si on ne m'aime pas. Tout simplement parce que je suis la personne la plus extraordinaire qui soit, et si on ne m'aime pas, on ne peut aimer
personne. C'est cela ma devise.
Donc le lendemain quand une infirmière sans doute m'a dit qu'il était revenu à lui, je lui ai demandé de lui faire un brin de toilette, et de ne surtout pas toucher à sa moustache, que j'allais
venir le voir.
Tony était plutôt étonné quand je débarquais dans la chambre qu'il occupait avec deux autres malades plutôt étonnés de voir une fille telle que moi être proche d'un mec comme lui.
"Alors çà va mieux ?"
"Qu'est-ce que tu fais ici ?"
"Ne me dis pas que tu voulais te suicider ? En pleine rue ! Quand on veut se suicider pour de vrai, on ne le fait pas devant des tas de gens qui passent. Si ce n'était moi, ç'aurait été quelqu'un
d'autre !"
"De quoi tu parles ?"
"Je te parle d'hier, je t'ai ramassé en pleine rue, tu étais allongé par terre comme quelqu'un qui avait besoin d'aide. La prochaine fois, essaie de te laisser aller ailleurs que sur un trottoir
trés fréquenté et éclairé."
"Je finirai par croire que tu m'aimes vraiment, nos chemins se croisent si souvent !"
"Essaie de ne pas trop rêver quand même mon pote ! Bien ! Comment vas-tu ?"
"J'ai l'impression qu'un poids lourd est passé sur mon crâne, à part çà, çà va !"
"J'aurai bien prévenu ta femme mais je ne sais pas où elle..."
"Ne me parle plus d'elle, moi non plus, je ne sais pas où elle est allé se cacher avec les enfants !"
"Et tu comptes dormir dans la rue tous les soirs !"
"Je n'ai plus de salaire, plus de loyer ! j'ai tout perdu, tu le sais bien !"
"Je ne sais rien, je ne suis pas dans ta vie privée. Par contre, j'ai un marché à te proposer !"
"Pour te donner bonne conscience ?"
"Mais si tu veux, oui, pour me donner bonne conscience ! J'adore dormir la nuit sur mes deux oreilles, tu vois !"
"Fais un don aux enfants du tiers monde !"
"Je préfère faire un don déjà au tiers monde sous mes yeux !"
"Tu veux devenir politicienne !"
"C'est une idée, mais pour l'instant je me contenterai de ce que je suis actuellement ! Donc je vais te remettre sur pied !"
"Et je serai ta chose !"
"Comme si tu as déjà été la chose de quelqu'un ! Enfin si un peu tout de même !"
Je pensais à la secrétaire qui l'avait bien fichu par terre.
"Alors que veux-tu me donner ?"
"Déjà un logis, puis un boulot, je vais te donner ma place !"
"Quoi ?"
"Oui, j'ai une autre activité maintenant, tu vas être le directeur de l'entreprise, et tu auras sous ta responsabilité les deux secrétaires, et les ouvriers ainsi que le nouveau chef"
"C'est quoi cet élan de générosité ? Il n'y a rien de gratuit dans la vie !"
"Et pourtant ! Je t'assure, tu reviens dans l'entreprise mais en tant que manager ! Moi, je ne ferai que superviser."
Inutile de vous dire qu'il a vite oublié ses problèmes de migraine. Ses yeux se remirent à briller d'intérêt. Il avait raison, s'il voulait que sa femme revienne, il valait mieux qu'il se montre
sous un jour meilleur.
"Et où comptes-tu me faire habiter ?"
"Dans un nouvel appartement avec trois chambres, et une terrasse au cas où ta bonne femme voudrait revenir ! Je vais te faire une avance, tu auras intérêt d'arriver un peu mieux habillé demain à
l'heure habituelle, quand tu auras sorti d'ici puisqu'ils te laissent sortir uniquement demain ! Cà me donnera le temps, d'arranger un peu ton nid. Il y a déjà l'eau courante et l'électricité ! tu
vas te débrouiller ensuite pour le reste !"
"Tu veux m'acheter, tu veux faire de la politique, c'est çà ?"
"L'idée est intéressante, alors tu veux ou tu veux pas ?"
"Si je ne le voulais pas, j'en ferais une maladie ! J'ai toujours pensé que tu avais un grain, mais là alors c'est pire que ce que je croyais !"
"Et bien on revient à ses bonnes habitudes, on est de nouveau sur le chemin de la loufoquerie, je suppose ! Seulement tu ne me verras pas autant que tu voudras pour faire l'intéressant !"
"Et comment je te ferai les compte rendus et tout ?"
"S'il y a un problème, je te propose de m'appeler, mais çà m'étonnerait que tu comptes couler ton navire ? Encore que, j'aurais tout de même un oeil sur toi, ne t'inquiètes pas ! Je me tiendrai au
courant ! On ne sait jamais ! Si tu as des envies suicidaires, tu aurais peut-être envie de me couler avec !"
Je vis également dans ses yeux une lueur qui me donnait raison.
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