Ma jalousie remonte il y a quelques années déjà. J'évite de dire dans mon enfance, çà fait si loin maintenant.
Ma mère m'aimait beaucoup. on s'entendait très bient toutes les deux, jusqu'au moment où elle a décidé d'adopter un petit chat. Il était en train de mourir de faim sous la pluie, et elle l'a pris
en pitié. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à être jalouse, je crois bien. Je ne supportais pas toutes ses singeries devant ce petit animal effaré devant tant d'énormités. Je les
préférais pour moi toute seule, toutes ces mimiques, et je me suis chargée de le lui faire comprendre, en tirant sur sa jupe, en lui apportant des bouquets de fleurs. mais rien à faire elle y
tenait à ce stupide animal, bien plus qu'à moi. "mais regarde comme il est mignon, et tout petit, tu ne vas pas faire un fromage parce qu'on le câline un peu, voyons !" Je voyais tout ceci d'un
autre oeil. ma maman allait me déshérité de son amour pour un stupide chat abandonné. Et je l'ai pris en grippe. Pour que maman me voie d'un bon oeil, devant elle je faisais un tas de manières, je
donnais à manger, je caressais le pelage pas très doux, avec dégoût mais que ne fait-on pas quand on veut conserver le monopole.
"maman il m'a griffée !"
"passe un peu d'antiseptique dessus, vite, on ne sait jamais, il peut te refiler des germes ce pauvre petit minet !"
Et voilà le résultat. pas trés concluant. Elle s'en fichait de moi, et de ma vie pour cet affreux petit monstre. Ma vie était en train de tourner au cauchemar, je cherchais donc par tous les moyens
comment m'en débarrasser. Et finalement mon petit cerveau a trouvé une idée géniale. Mon argent de poche allait servir à quelque chose. Je connaissais un chasseur dans le coin, je l'admirais
toujours quand il passait avec son fusil pour aller chasser le lièvre dans le parc abandonné jouxtant la propriété de mes parents. C'est ainsi qu'un jour je lui ai demandé s'il ne pouvait pas me
rendre un petit service. Tirer sur Minet.
Puisque je monnayais ce service avec malgré tout une somme rondelette et qu'il avait quelques kilos d'enfants à nourrir, il a accepté, enchanté de cette aubaine de gagner enfin sa vie
autrement qu'en contrebandant.
Il m'a remerciée et a fait ce que je lui demandais. C'était facile, il lui suffisait de pénétrer dans la propriété quand ma mère était sortie, et de faire sa fête à Minet. Une fois son travail
accompli, et Minet baignant dans son sang à côté de ses croquettes dans la cuisine, il est reparti. Sauf que la bonne l'a vu. On nepeut jamais être tranquille ne serait-ce trente secondes, il y a
toujours quelqu'un pour vous voir quoi que vous fassiez ! C'est incroyable ce sentiment d'être Caen poursuivi par cet oeil même sous terre ! Elle a fait un ramdam pas possible ! Et le chasseur fut
arrêté.
Pourquoi s'est-il introduit sans permission dans une propriété privée pour aller tuer un chat qui ne lui avait rien fait ? lui demanda le juge pour la énième fois. Et pour la énième fois, il
répondit : "c'est la demoiselle qui m'a demandé de le faire !"
Au départ, ma mère n'en a pas cru un mot. Devant mes larmes d'horreur quand on a découvert le chat mort. Elle se souvenait de toute la tendresse que je donnais à cette petite chose en sa présence,
et c'est tout ce qu'elle retenait. Elle allait y croire pour toujours à cette version quand l'autre m'a trahie pour de bon. "elle m'a payée pour cela, regardez l'argent ! Comment aurais-je pu
gagner autant d'argent si quelqu'un me l'avait pas donné ?"
Là on m'a attrapée. J'aurais pu dire qu'il m'avait volée. je ne le pouvais pas. il n'y avait aucune trace d'infraction sur le coffre-fort dans lequel ma tirelire en forme de porc en porcelaine
était rangée. Et j'étais la seule donc avec mes parents à en connaître le code.
Depuis çà, ma mère m'a regardée avec un autre oeil. "ce n'est pas de la méchanceté, c'est du vice !"
Et elle a eu la bizarre idée de me faire consulter par un psy. Une bonne femme, remplie d'assurance et qui me parlait comme si j'étais la dernière des connes. elle me posait un tas de questions sur
tout, et je lui répondais avec un air trés innocent pendant que je mijotais un coup dont elle n'allait pas se remettre. J'allais la punir de se payer ma tête avec son sourire de celle qui sait
toujours tout.
Pendant que j'attendais dans la salle d'attente parce que selon elle une seule séance n'aurait pas déterminé la cause de mon mal, je me suis amusée, pour ne pas passer mon temps à bailler d'ennui
et à me poser des tas de questions sur l'existence comme qui suis-je ou je vais, etc, Il y avait des tas de revues jetées en vrac sur une petite table basse. J'ai donc pris quelques unes,
apparemment trés en vogue, puis au feutre noir, j'y ai écrit quelque chose de mon cru. Dans la marge, en en-tête, j'ai annoté ce message "La psy ne le sait pas, mais tous les aprés midis je
les passe dans son lit avec son mari. Elle devrait commencer à se soigner avant de penser aux autres."
A vrai dire, je ne pensais pas que çà allait marcher. Et pourtant dés le lendemain, elle s'est aperçue qu'on la regardait avec un certaine curiosité. On avait besoin de voir la tête d'une bonne
femme cocue et qui, selon toute vraisemblance, ne le savait pas. Elle est positive de formation, donc elle a pensé tout de suite que c'était parce qu'elle était particulièrement jolie en ce moment
puisque son mari lui donnait tout ce qu'elle voulait, et que son travail lui rapportait des tas de clients, donc des tas de sous. Ensuite, elle s'est aperçue qu'il y avait plus de l'amusement ou
alors de la pitié dans les yeux de ces chers patients que de l'admiration. Elle en est venue à se poser des questions. "qu'est-ce qu'ils ont aprés moi ces détraqués ?"
Elle a mis du temps à le savoir. Elle s'est retenue, retenue, puis le teint blafard et n'y pouvant plus, elle s'est exclamée : "vous avez un problème ?" Le patient, en face, a été surpris et
a pensé évidemment qu'elle savait que son couple ne fonctionnait pas et qu'elle en était malade. Il lui a donc répondu "je ne pensais pas que votre mari était un type comme çà !"
"Un type comme quoi ? C'est un homo ? Qu'est-ce que vous voulez me dire ?"
"Mais toute la ville sait qu'il couche avec une autre femme pendant que vous vous échinez au travail !"
"Quoi ? Qu'est-ce que vous me chantez là ?"
Et voilà comment j'ai semé le doute dans la tête d'une bonne femme sûre d'elle et qui donnait des leçons à tout le monde. J'ai brisé son ménage et quelques années plus tard il est vrai, je me suis
fait son mari.
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