J'étais à mille lieues de penser que j'allais me retrouver en face de Tony ce soir là.
J'étais toujours en convalescence avec Capucine, Frédérico et D.T. quand Tony m'appela sur mon portable. C'était urgent, il fallait qu'il me voie.
J'étais décidée à le remettre une bonne fois pour toutes à sa place. Le soir venu, je ne veux pas être dérangée. S'il ne l'a pas compris depuis tout ce temps, c'est qu'il est vraiment bouché. je
n'aime pas me coucher tard, à cause de mes traits, ils sont tirés quand j'ai mal dormi.
Enfin quoi, si dieu a fait la nuit, ce n'est certainement pas pour faire joli. Pourquoi veut-on toujours contrevenir à la sagesse divine. Faire comme au temps d'ADam et Eve et n'en faire
toujours qu' à sa tête ?
La nuit arrive, les poules, les oiseaux, se couchent. Les fauves chassent, çà va de soi, mais on n'est pas tous des cannibales. Il y a des bêtes sauvages qui ne demandent qu'à manger le jour
pour pouvoir dormir la nuit au lieu de faire des efforts de vision dans le noir, glisser dans un trou, et s'ennuyer à en sortir pendant que la proie la file douce à quelques mètres d'elles.
Non, vraiment je déteste sortir le soir venu. Il faut se revêtir, enfiler des choses qui vous collent à la peau, vous laissent des traces en-dessous des seins et ailleurs. Vous serrez la taille
quand vous avez avalé trop d'eau. Ah ce que je déteste sortir, et porter ces chaussures c'est un martyr. Bon, j'ai fini de me plaindre. Maintenant je vais geindre.
"Bon Tony, c'est pas du jeu, qu'est-ce qui t'arrive encore ? Tu sais que je n'aime pas sortir quand il fait nuit ? Qu'as-tu de si urgent qu'il fallait que l'on se voie ce soir ?"
"J'ai besoin d'une augmentation !"
Ce que j'aimais chez Tony, c'est qu'il ne manque pas de conversation. Il arrive tout de suite au bout de son objectif. Vas-y, prends le comme tu voudras, j'ai besoin d'une augmentation, et tu me la
refiles et vite !
"Je peux savoir en quel honneur ? Je te laisse un appartement sans loyer, nous avons convenu l'autre fois de ton salaire et tu l'as trouvé trés justifié !"
"Et bien oui, justement, parlons en de mon salaire ! A cause de lui les impôts m'ont taxé, figure-toi ! Je ne pensais pas que j'allais en payer autant, figure toi !"
"Enfin voyons, Tony, tu es un adulte, tu devrais savoir que quand on touche un salaire, automatiquement on doit une partie à la société, enfin à l'état. Et plus on en a, plus on doit lui en donner
! C'est comme çà ! Je suppose aussi que même si tu ne me paies pas de loyer, comme la maison est sous ton nom, tu vas devoir payer la taxe d'habitation également pour toutes les charges à côté. Cà
tu ne l'ignores pas au moins ?"
"Oui, je sais que l'on doit payer pour avoir le droit d'avoir un toit au-dessus de sa tête ! Je le sais. Mais ma femme ne connaît pas la crise, elle."
"Et alors ?"
"Et bien, elle mène la belle vie à tes frais ! Elle boit du champagne, à toute heure, elle se paie des petits fours, des petits canapés, de grands canapés ! Je te dis pas !"
"J'espère au moins qu'elle partage avec toi !"
Ah ouai ? La femme de Tony aime la belle vie, je commence à la trouver sympathique finalement, c'est dommage que j'ai une dent envers elle et que j'aimerais bien lui en coller une.
"Là, n'est pas la question ! La moralité dans cette histoire, c'est que j'ai payé mes impôts, figure-toi, sauf que maintenant je n'ai absolument plus rien à mettre dans la marmite ! Et j'ai des
enfants à nourrir !'
"Et une femme amoureuse ! De l'argent, je veux dire !"
"Oui, si tu veux ! Alors pourrais tu me donner une rallonge ?"
Je ne répondis pas. Comme c'est bizarre la vie, j'étais obligée de nourrir mon ennemi. Il ne me faisait même pas du chantage, mais à cause de mes principes, ne pas zigouiller un homme par terre, je
me devais de l'aider. Je n'arriverais jamais à en venir à bout si à chaque fois qu'il était dans la merde, je faisais tout pour l'en retirer. Mais je ne pouvais pas faire autrement, j'aime
descendre les hommes en l'air. Mais celui-là,même s'il m'enrageait, dépendait trop de moi pour que je lui tire dessus comme çà.
"Ecoute moi Tony, figure toi qu'il y a une limite à tout ce que tu me demandes. Il va falloir que tu en prennes l'habitude, hein et ta petite dame aussi ! Je comprends qu'il lui faut entretenir ses
ongles pour griffer les joues des femmes qui sont plus jolies qu'elle, mais il faut l'habituer à restreindre légèrement son train de vie. Et si, en te donnant plus, elle se mettait à gaspiller
encore plus ton fric ? tu vas me ruiner, et on n'est même pas amants !"
"Ah çà, çà ne dépendait que de toi, c'est toi qui me fais lambiner ! "
"Je ne te fais pas lambiner, je ne t'aime pas ! Ce n'est pas parce que tu as une femme qui est capable de tuer pour toi, qu'il faut croire que la terre entière est amoureuse de ta tronche ! Je
reconnaîs, tu n'es pas mal, tu es plutôt mignon, surtout depuis que tu as enlevé tous ces poils qui te déguisaient ! Mais moi, c'est moi, tu nefais pas partie de mon style !"
Il arbora un sourire qui me fit comprendre qu'il ne me croyait absolument pas.
"Tu ne me crois pas hein ? Et bien alors pourquoi tu crois que je ne cède pas ? "
"Peut-être parce que tu as peur de ma femme !"
Il était en train de me chercher, il ne tenait qu'à moi de renverser la vapeur, et de l'embrasser devant tout le monde. Mais je ne le fis pas. Physiquement j'étais supérieure à sa bonne femme, je
pouvais l'envoyer de l'autre côté de la planète, rien qu'avec une claque. Ce que je ne ferais pas évidemment. mais maintenant que je sais ce dont elle est capable, décoiffer les gens de cette
façon, je comptais bien rester sur mes gardes.
"Je vais te donner une augmentation significative mais je veux que tu me promettes, de ne plus m'embêter avec tes histoires de fric. Comment vas-tu faire ?"
"Je serai obligé d'ouvrir un compte à part, qu'elle ne connaît pas ! Déjà je vais l'engueuler et lui dire que tu m'as juste accordé une avance !"
"C'est bon ! Parce que tu comprends, j'ai mes dépenses moi aussi, je ne peux pas toujours inclure les tiennes, çà commence à me coûter cher, moi aussi je paie des impôts, figure-toi !"
Il ne répondit pas mais il me prit la main. Je la lui laissais, si çà pouvait lui faire plaisir !
"Tu as les mains froides ! Tu as une mauvaise circulation ! "
Il ne répondit pas. Je me levais pour m'en aller, je voyais bien qu'il était heureux, je ne savais pas si c'était à cause de son augmentation ou de m'avoir touché la main.
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