c'est incroyable combien depuis que je suis avec DT, je n'ai que des ennuis. Bon, on peut appeler cela anicroches. Cà fait rien. L'amour est au-dessus de tout, n'est-ce pas ? On me réclame de toute
part. Tony s'amuse à canarder les gens, selon les dires d'Hortense, ma fidèle secrétaire. Il paraît qu'il leur envoie des pétards qui leur sautent en pleine tronche et les envoient en enfer, sans
même choisir la couleur. Il veut que je réapparaisse dans sa vie, c'est çà ?
"Mais si tu fais çà, Tony, tu prends tes responsabilités ! tu leur fais des vacheries, et tu t'attends à ce qu'ils soient contents et t'envoient des fleurs !"
C'est que je lui disais, pour lui remonter le moral parce qu'en même temps qu'il se sent le besoin de les emmerder, il a peur des conséquences, et me refile son bourdon.
"Ton Tony n'est qu'un gamin ! tu m'entends qu'un gamin ! Pas question que je supporte avec toi ses soucis !"
"Oui, mais je ne veux pas qu'on s'en prenne à lui !"
"C'est à ton audi qu'on s'en est pris ! Tu l'as perdue, enfin j'évite de te dire qu'on te l'a volée, mais c'est pareil au même non ? Dans un pays de voleurs !"
DT était furieux. Je le comprenais aussi. Bon, toutes ces contrariétés ne nous empêchaient pas de nous aimer malgré tout tendrement. De toute façon, si on n'avait plus la voiture, on allait
se mettre à la bicyclette; On était tellement amoureux qu'on n'avait pas envie de passer chez le concessionnaire et perdre notre temps à aller choisir un nouvel engin.
La bicyclette, ah, c'est çà la machine à la mode. Même le président, il en fait. De la bicyclette. On le sait parce qu'on l'a croisé. Et quand on l'a vu, on s'est dit, ben pourquoi pas nous ? Ben
oui, quoi, c'est amusant faire de la pédale, on respire le bon air de la planète, surtout quand on suit le parcours du président, on ne risque rien. Qui pourrait nous faire du mal ? Je vous le
demande !
Donc on a pris nos bicyclettes, on a bien regonflé les roues, et on est partis faire pareil que le président, tout çà pour apporter notre contribution et faire moins de pollution. Aprés tout, il
avait raison le gars de taxer tout lemonde parce qu'ils faisaient exprés d'acheter la mortelle quand il n'y avait pas la vivante. Il fallait faire comme lui, utiliser ses muscles et aller de
l'avant.
J'ai toujours rêvé faire du vélo. Déjà parce que c'est amusant, et puis parce que çà fait maigrir drôlement. Il suffit de voir à quoi ressemble les coureurs cyclistes quand ils ont fini leur tour
pour voir tout ce qu'on ne perd pas quand on ne fait pas du vélo. Et puis on a le temps de faire du tourisme, d'admirer le paysage, de s'arrêter dans l'herbe verte et de se détendre.
Mais en fait ce n'est pas si idyllique. Il faut partager la route avec les gros bidules, il faut faire tout le temps attention qu'on ne vous envoie pas dans le caniveau pour se faire de la place,
il faut supporter les insultes, les crachats, les menaces de vous faire la peau, de vous faire renvoyer de votre emploi, de vous trahir auprés des administrations, de mettre des saletés dans vos
produits habituels de grande surface, et même, oui même, de vous jeter des mauvais sorts !
Pour vous dire à quel point le monde n'a pas été fait pour les petits, donc pour la bicyclette.
"Où veux-tu qu'on aille traîner ma petite reine ?" me demande DT
"Je te préviens tout de suite, je ne suis pas une bicyclette !"
"Mais je sais cela, ma petite reine, tu es ma mercédès, ma limousine ! Il y a vraiment beaucoup de place dans ton coeur !"
"Je préfère çà ! Et bien, j'ai une idée, j'ai vu le trajet de sieur le Président, pour nous éviter les ennuis, on va emprunter le même ! "
DT était plutôt dubitatif. Mais je n'en avais cure !
On s'est cachés dans les fourrés, puis dés que sa seigneurie est passé avec son tralala de gardes-chiourmes pour ne pas qu'il s'échappe, on s'est mis en selle, et on a suivi le cortège.
Pas un chat sur la route ! Même pas un endormi. Rien que nous, le soleil, et la nature.
Cà faisait une bonne demi-heure qu'on prenait nous aussi le temps de vivre à l'instar de notre cher président, quand on vit venir dans notre direction un char de militaires.
"Que faites vous là ? Vous voulez attenter à la vie du chef d'Etat ? C'est çà ?"
Je n'eus pas le temps de lui répondre qu'on était juste une petite famille qui voulait juste faire de la bicyclette tranquillement. Ils se sont jetés sur nous, et nous on fichu une de ces piles
qu'on est restés sur le carreau tout éméchés. Je dis éméchés parce que quand on est revenus à nous, il y avait des gens qui riaient autour de nous, et qui pensaient qu'on avait pris je ne sais
quelle drogue pour nous retrouver dans un tel état de délabrement physique. Nos vêtements étaient en charpille, et nous avions une tête d'enfer. Il y avait juste Capucine qui s'en était sortie,
mais on voyait bien, la pauvre petite, qu'elle était désolée de nous voir dans un tel état.
Maintenant DT et moi, on était dans notre chambre. Nos muscles endoloris ne nous permettaient aucun mouvement, si bien que Frédérico qui s'en est plutôt bien sorti et Capucine étaient obligés
de nous faire manger à la cuillère. Et DT me disait : "ma chérie, il me manque de ne pas pouvoir te prendre dans mes bras, d'être si éloigné de toi !"
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